Rupture conventionnelle et chômage : ce que vous touchez vraiment (et quand)

Document de rupture conventionnelle posé sur un bureau avec un stylo plume

Vous venez de signer une rupture conventionnelle, ou vous y songez sérieusement. La question qui revient toujours en premier : combien vais-je toucher au chômage, et surtout, à partir de quand ? Beaucoup de salariés découvrent trop tard qu’entre la signature de la convention et le premier virement de France Travail, deux à trois mois peuvent s’écouler. Pas par malchance, mais parce que le mécanisme du délai de carence reste mal expliqué.

Ce guide reprend la mécanique complète : conditions d’accès à l’ARE après une rupture conventionnelle, calcul du montant journalier, durée d’indemnisation, et surtout le fameux délai de carence qui s’allonge à mesure que vous négociez une meilleure indemnité. Avec les règles entrées en vigueur en avril 2025 (mensualisation sur 30 jours, nouveau diviseur 109,6, durées seniors revues), le cadre a sensiblement bougé. On déroule tout, chiffres à l’appui.

Rupture conventionnelle et chômage : la rupture qui ouvre droit à l’ARE

La rupture conventionnelle reste le seul mode de séparation amiable d’un CDI qui préserve intégralement vos droits au chômage. Sur l’attestation employeur transmise à France Travail, l’employeur coche simplement la case « rupture conventionnelle homologuée ». Ce motif suffit à qualifier la perte d’emploi comme involontaire, donc indemnisable. La démission classique, elle, ne le permet pas (sauf cas très spécifiques de démission légitime).

Encore faut-il remplir les conditions de droit commun de l’assurance chômage. Trois critères doivent être réunis en même temps.

La durée d’affiliation : vous devez avoir travaillé au moins 6 mois sur les 24 derniers mois, soit 130 jours travaillés ou 910 heures. Cette période d’observation passe à 36 mois pour les salariés âgés de 55 ans et plus à la date de fin de contrat (l’âge bascule est passé de 53 à 55 ans avec la réforme d’avril 2025).

L’inscription à France Travail : vous disposez de 12 mois après la fin du contrat pour vous inscrire. Au-delà, le droit s’éteint. Mieux vaut s’inscrire dès le lendemain de la fin du préavis, même si vous savez que le délai de carence sera long, car le compteur des 12 mois ne se déclenche qu’à l’inscription effective.

Les conditions personnelles : résider en France métropolitaine ou dans un DROM (sauf Mayotte et certains COM), être physiquement apte au travail, ne pas remplir les conditions pour bénéficier d’une retraite à taux plein, et rechercher activement un emploi ou suivre une formation reconnue.

Côté procédure de la rupture elle-même, la convention doit avoir été homologuée par la DREETS. Sans cette homologation administrative, pas d’ARE possible, quoi que dise le document signé entre vous et votre employeur. L’administration dispose de 15 jours ouvrables pour se prononcer après réception du dossier via la plateforme TéléRC. Le silence vaut homologation tacite.

Quelques situations bloquent l’ouverture des droits, même avec une rupture conventionnelle en bonne et due forme :

  • Rupture conventionnelle signée pendant un congé maternité ou un arrêt maladie (le contrat est juridiquement suspendu, la procédure est invalide)
  • Salarié protégé (élu CSE, délégué syndical) sans autorisation préalable de l’inspection du travail
  • Convention contestée pour vice du consentement (contrainte, dol, erreur)
  • Rupture de complaisance détectée par France Travail (accord factice pour ouvrir des droits)
  • Reprise immédiate d’activité chez le même employeur sous un autre statut

Si la convention est homologuée mais que vous ne remplissez pas la condition des 6 mois travaillés, vous gardez l’indemnité de rupture mais pas l’ARE. C’est l’erreur classique du salarié récemment embauché qui négocie son départ trop tôt.

Calcul de l’ARE après une rupture conventionnelle : la méthode pas à pas

L’allocation d’aide au retour à l’emploi se calcule en trois temps. France Travail détermine d’abord votre salaire journalier de référence, puis applique deux formules en parallèle, et retient celle qui vous est la plus favorable. Le résultat est ensuite encadré par un plancher et un plafond.

Étape 1 : votre salaire journalier de référence (SJR)

Le SJR sert de base à tout le reste. Il correspond à votre salaire de référence divisé par le nombre de jours calendaires de la période considérée (travaillés et non travaillés).

SJR = Salaire de référence sur la période d'affiliation ÷ Nombre de jours calendaires

La période d’affiliation couvre les 24 derniers mois précédant la fin du contrat si vous avez moins de 55 ans, et 36 mois au-delà. Le salaire de référence inclut votre salaire brut de base, les heures supplémentaires, les primes (ancienneté, 13e mois, rendement), les commissions, les avantages en nature évalués forfaitairement, et désormais les indemnités compensatrices de compte épargne temps depuis avril 2025. Le tout est plafonné à 15 700 € bruts par mois.

Depuis avril 2025, le plafond de jours non travaillés intégrés au calcul est passé de 75 % à 70 % du nombre de jours travaillés. Concrètement, cela améliore légèrement le SJR des salariés qui alternent missions courtes et périodes de chômage. Le salaire annuel de référence reste plafonné à 4 fois le PASS, soit 188 400 € en 2025.

Ne sont pas intégrés au calcul : l’indemnité de rupture conventionnelle elle-même, les indemnités compensatrices de congés payés, l’indemnité de non-concurrence, la participation et l’intéressement (sauf conditions), ainsi que les frais professionnels remboursés.

Étape 2 : les deux formules de calcul

France Travail calcule deux montants journaliers en parallèle :

  • Formule A : (40,4 % × SJR) + 13,11 € de partie fixe
  • Formule B : 57 % × SJR

L’allocation journalière retenue est la plus avantageuse des deux. En pratique, la formule B (57 %) l’emporte presque toujours pour les salaires moyens et élevés, tandis que la formule A favorise les rémunérations modestes grâce à sa partie fixe.

Étape 3 : plancher et plafond

L’allocation journalière brute ne peut être :

  • Inférieure à 31,97 € par jour (hors temps partiel)
  • Supérieure à 294,21 € par jour
  • Supérieure à 75 % de votre SJR

Exemple chiffré pour un salaire moyen

Prenons le cas d’une cadre de 42 ans, salaire brut mensuel de 3 500 €, rupture conventionnelle homologuée fin avril 2026.

ÉtapeCalculRésultat
Salaire annuel brut3 500 € × 1242 000 €
Salaire de référence sur 24 mois42 000 € × 284 000 €
Jours calendaires période 24 mois365 × 2730 jours
SJR84 000 ÷ 730115,07 €
Formule A(115,07 × 40,4 %) + 13,1159,60 €
Formule B115,07 × 57 %65,59 €
Allocation journalière retenueFormule B**65,59 €**
Allocation mensuelle (30 jours)65,59 × 30**1 967,70 € bruts**

Depuis avril 2025, le paiement est mensualisé sur une base fixe de 30 jours, peu importe que le mois compte 28, 30 ou 31 jours. Avant cette réforme, le montant fluctuait chaque mois. La modification simplifie la lisibilité du budget mensuel, mais réduit légèrement le total annuel perçu (365 jours payés au lieu de 365,25 sur une année complète).

La dégressivité pour les hauts revenus

Si votre allocation journalière dépasse 92,12 € et que vous avez moins de 55 ans à la date de fin de contrat, une dégressivité s’applique au 7e mois d’indemnisation. La baisse peut atteindre 30 % du montant initial, sans descendre sous le plancher de 92,12 € par jour. Concrètement, cela concerne les salariés dont le brut mensuel dépasse environ 4 860 €. La réforme d’avril 2025 a relevé l’âge d’exonération de cette dégressivité de 57 à 55 ans, ce qui protège désormais davantage de seniors.

Délai de carence après une rupture conventionnelle : pourquoi vous allez attendre

Délai de carence après une rupture conventionnelle : pourquoi vous allez attendre

C’est l’angle mort de toute négociation de rupture conventionnelle. Vous obtenez 25 000 € d’indemnité, vous êtes content. Sauf qu’une partie de cette somme va décaler de plusieurs mois le premier versement de votre ARE. Le délai de carence se compose de trois éléments qui s’additionnent.

Le différé spécifique lié à l’indemnité supra-légale

C’est lui qui pèse le plus lourd. Le calcul repose sur l’écart entre l’indemnité que vous avez réellement perçue et l’indemnité légale minimum de rupture.

Différé spécifique = (Indemnité versée − Indemnité légale) ÷ 109,6

Le diviseur 109,6 a été revalorisé en janvier 2025 (il était auparavant à 107,9). Il évolue chaque année en fonction du plafond de la sécurité sociale. Le résultat donne un nombre de jours de carence, plafonné à 150 jours maximum. Soit cinq mois sans toucher un centime d’ARE.

L’indemnité légale minimum se calcule ainsi :

  • 1/4 de mois de salaire par année d’ancienneté pour les 10 premières années
  • 1/3 de mois de salaire par année au-delà de 10 ans

Tout ce qui dépasse cette somme est considéré comme supra-légal et alimente le calcul du différé.

Le différé congés payés

Si vous quittez l’entreprise avec un solde de congés payés non pris, l’indemnité compensatrice correspondante génère un différé supplémentaire :

Différé CP = Indemnité compensatrice de congés payés ÷ SJR

Plafonné à 30 jours calendaires maximum. Ce différé s’applique aux congés non pris des 182 derniers jours.

Le délai d’attente incompressible : 7 jours

Sept jours systématiques s’ajoutent à tout cela. Ils s’appliquent une fois par période de 12 mois, après les différés d’indemnisation.

Cas concret : ce que ça donne en réalité

Un cadre touche 35 000 € d’indemnité de rupture, dont 15 000 € d’indemnité légale et 20 000 € de supra-légal. Il a 18 jours de congés payés non pris (3 000 € d’ICCP), SJR de 200 €.

ÉlémentCalculJours
Différé spécifique20 000 ÷ 109,6182 jours, plafonné à **150**
Différé congés payés3 000 ÷ 200**15**
Délai d’attenteForfaitaire**7**
**Total****172 jours**

Cinq mois et trois semaines avant le premier versement. Si vous savez gérer cette période sans revenu, la rupture conventionnelle reste financièrement intéressante grâce à l’indemnité encaissée. Si votre trésorerie est tendue, mieux vaut anticiper et négocier la date effective de fin de contrat plutôt qu’une indemnité gonflée à l’excès.

Astuce de négociation : à indemnité égale, demander à étaler la sortie du contrat (préavis allongé, conservation du poste pendant la procédure) plutôt qu’à maximiser la prime supra-légale réduit mécaniquement le délai de carence. Vous percevez votre salaire pendant que les délais légaux d’homologation courent en parallèle.

Indemnité de rupture conventionnelle : ce qu’elle vous rapporte, ce qu’elle vous coûte en délai

L’indemnité spécifique de rupture conventionnelle obéit à un plancher légal, mais pas à un plafond. Tout se négocie au-dessus.

Le minimum légal

L’indemnité ne peut jamais être inférieure à l’indemnité légale de licenciement, calculée ainsi :

  • Pour une ancienneté inférieure à 10 ans : 1/4 de mois de salaire par année d’ancienneté
  • Pour la fraction au-delà de 10 ans : 1/3 de mois de salaire par année supplémentaire

Le salaire de référence retenu est le plus avantageux entre la moyenne mensuelle des 12 derniers mois ou la moyenne des 3 derniers mois (avec proratisation des primes annuelles).

Exemple : un salarié de 8 ans d’ancienneté, salaire mensuel de 3 200 €, percevra au minimum 3 200 € × 1/4 × 8 = 6 400 € d’indemnité légale.

Le supra-légal : levier de négociation

Au-delà du minimum, tout ce que vous obtenez relève du supra-légal. La marge de manœuvre dépend de plusieurs paramètrès : votre ancienneté réelle, votre poste, les motifs sous-jacents au départ, et bien sûr le rapport de force avec l’employeur. Un salarié dont le départ arrange l’entreprise peut viser deux à six mois de salaire supplémentaires sans difficulté.

Côté fiscal et social, l’indemnité est exonérée d’impôt sur le revenu dans la limite la plus élevée entre :

  • Le montant prévu par la convention collective ou la loi
  • 50 % du montant de l’indemnité versée
  • Deux fois le salaire brut annuel précédant la rupture

Avec un plafond global de 6 PASS, soit 282 600 € en 2025. Au-delà, la fraction est soumise à l’impôt et aux cotisations sociales (forfait social puis CSG/CRDS et cotisations classiques selon les seuils).

Le piège de la sur-négociation

Voici la mécanique à comprendre. Un supra-légal de 10 000 € génère environ 91 jours de différé (10 000 ÷ 109,6). À 65 € d’allocation journalière, ces 91 jours représentent 5 915 € d’ARE non perçue. Vous avez donc gagné, net de carence, environ 4 085 € sur ces 10 000 € négociés. Le calcul devient encore moins favorable au-delà de 16 400 € de supra-légal, où le plafond des 150 jours s’enclenche et grignote davantage de droits.

Indemnité supra-légaleJours de carence générésARE perdue (base 65€/j)Gain net (vs. ARE)
5 000 €46 jours2 990 €+2 010 €
10 000 €91 jours5 915 €+4 085 €
20 000 €150 jours (plafond)9 750 €+10 250 €
40 000 €150 jours (plafond)9 750 €+30 250 €

Au-delà du plafond des 150 jours, chaque euro supplémentaire négocié est intégralement conservé. C’est mathématique : la pénalité ARE est figée. D’où l’intérêt, quand on négocie haut, de pousser franchement le supra-légal pour optimiser l’opération.

Durée d’indemnisation : combien de mois d’ARE après une rupture conventionnelle

La durée pendant laquelle vous percevez l’ARE dépend de la durée travaillée sur votre période d’affiliation et de votre âge à la fin du contrat. La règle générale : un jour travaillé donne droit à un jour indemnisé, dans la limite des plafonds suivants.

Âge à la fin du contratDurée maximale d’indemnisation
Moins de 55 ans18 mois (548 jours calendaires)
55 ou 56 ans22 mois et demi (685 jours)
57 ans et plus27 mois (822 jours)

La durée minimum est fixée à 6 mois (182 jours) quel que soit votre âge, dès lors que vous remplissez la condition des 6 mois d’affiliation.

Les seuils d’âge ont été relevés en avril 2025. Auparavant, le palier des 22,5 mois s’ouvrait à 53 ans et celui des 27 mois à 55 ans. La réforme de l’assurance chômage signée en novembre 2024 a décalé ces seuils de deux ans, en lien avec la réforme des retraites. Si vous êtes proche de l’âge légal de départ et que vos droits ARE arrivent à terme, le mécanisme du maintien d’allocation jusqu’à la retraite peut prendre le relais sous conditions.

Pendant la durée d’indemnisation, vous restez tenu d’une obligation de recherche active d’emploi, de réponse aux convocations de France Travail et de mise à jour mensuelle de votre situation. Une absence non justifiée à un entretien obligatoire suffit à déclencher une radiation temporaire ou une suppression définitive des allocations selon la gravité.

Démarches concrètes : que faire entre la signature et le premier versement

Voici la chronologie type d’une rupture conventionnelle, de la signature jusqu’au premier virement d’ARE.

Jour J : signature de la convention de rupture. Vous et l’employeur signez le document Cerfa de rupture conventionnelle. Conservez précieusement la copie qui vous est remise (datée et signée des deux parties).

J+1 à J+15 : délai de rétractation. Quinze jours calendaires pendant lesquels chacune des parties peut revenir sur sa décision par lettre recommandée. Aucun acte administratif ne se fait pendant ce délai. Profitez-en pour préparer votre dossier France Travail (CV à jour, attestations diverses).

J+16 : transmission à la DREETS. L’employeur envoie la demande d’homologation via la plateforme TéléRC. Le délai d’instruction de 15 jours ouvrables démarre.

J+30 environ : homologation. Soit la DREETS notifie explicitement l’homologation, soit son silence vaut acceptation tacite. À partir de ce moment, la date effective de fin de contrat peut être actée (souvent quelques jours ou semaines plus tard selon ce qui a été négocié).

Jour de fin de contrat : remise des documents. L’employeur doit vous remettre le solde de tout compte, le certificat de travail, l’attestation France Travail et l’attestation pour les organismes complémentaires.

Inscription à France Travail. À faire dès le lendemain de la fin du contrat, en ligne sur francetravail.fr. Vous renseignez votre situation, importez les documents (attestation employeur, dernier bulletin de salaire, RIB) et fixez un premier rendez-vous avec un conseiller.

Premier rendez-vous (sous 2 à 4 semaines). Le conseiller valide votre projet professionnel, signe le contrat d’engagement et active votre dossier. C’est aussi le moment où sont calculés précisément vos différés et la date probable du premier versement.

Premier versement. Il intervient après les délais cumulés : délai d’attente de 7 jours + différé congés payés + différé spécifique supra-légal. Comptez réalistiquement 2 à 5 mois entre la fin du contrat et le premier paiement effectif.

Pendant la période de carence. Vous n’êtes pas indemnisé, mais vous conservez votre statut de demandeur d’emploi et la couverture sociale qui va avec (assurance maladie, validation de trimestres pour la retraite). Pensez à maintenir votre mutuelle (portabilité de 12 mois maximum si vous bénéficiez de l’ARE en théorie, ou souscription individuelle sinon).

Cas particuliers : seniors, hauts revenus, création d’entreprise

Plusieurs situations modifient sensiblement le calcul ou les démarches.

Vous avez 55 ans ou plus

Trois ajustements jouent en votre faveur. La période d’affiliation observée passe à 36 mois (au lieu de 24). La durée d’indemnisation atteint 22,5 ou 27 mois selon votre âge précis. La dégressivité haute rémunération ne s’applique plus si vous avez 55 ans révolus (alors qu’elle frappait les 55-57 ans avant la réforme d’avril 2025).

Vous envisagez de créer votre entreprise

Deux dispositifs cohabitent. L’ARE maintenue vous permet de toucher votre allocation classique tout en lançant votre activité, à condition de ne pas générer de chiffre d’affaires suffisant. Dès que des revenus apparaissent, ils viennent en déduction de l’ARE selon une formule de cumul.

L’ARCE (aide à la reprise ou à la création d’entreprise) verse 60 % des droits ARE restants sous forme de capital en deux fois : une première moitié à la création, l’autre six mois après si l’activité existe toujours. C’est un coup de pouce de trésorerie, mais vous renoncez à 40 % de vos droits.

Le choix dépend du modèle économique. Une activité qui démarre lentement et a besoin de cash dès le départ tire plus de bénéfice de l’ARCE. Une activité où le chiffre d’affaires montera progressivement sur deux ans est mieux servie par l’ARE maintenue. Pour les anciens salariés intéressés par un changement de statut moins engageant qu’une création de société, le portage salarial peut servir de transition douce, avec maintien partiel des droits chômage selon les périodes effectivement non travaillées.

Vous avez perçu une indemnité importante (plus de 80 000 €)

Au-delà de certains seuils, l’indemnité bascule en partie dans le régime fiscal de droit commun. La fraction exonérée se limite au plus élevé des trois plafonds mentionnés plus haut, dans la limite de 6 PASS. Sur le supra-légal, le différé de carence atteint son maximum de 150 jours dès 16 400 € de dépassement environ. Au-dessus, chaque euro négocié est conservé sans pénalité ARE supplémentaire, ce qui explique pourquoi les grosses négociations vont chercher haut.

Salarié protégé

Si vous êtes représentant du personnel, délégué syndical, conseiller prud’homal ou détenteur d’un autre mandat protégé, la convention de rupture doit obtenir l’autorisation préalable de l’inspection du travail (et non simplement l’homologation de la DREETS). La procédure est plus longue, environ deux mois supplémentaires.

Cumul rupture conventionnelle et nouvelle embauche

Rien n’empêche de signer un nouveau CDI avant la fin de votre période de carence, ou même avant la fin officielle de votre contrat (sous réserve du préavis). Si vous reprenez un emploi pendant le différé, les droits ARE non consommés sont mis en réserve : ils restent disponibles pendant 3 ans pour une éventuelle nouvelle période de chômage. C’est l’effet rechargement des droits.

Erreurs fréquentes qui font perdre de l’argent

Quelques pièges récurrents méritent d’être identifiés avant de signer.

Ne pas calculer le différé avant d’accepter l’indemnité. Beaucoup de salariés se félicitent d’avoir négocié 30 000 € sans réaliser qu’ils attendront cinq mois leur premier virement. Faites le calcul. Estimez votre trésorerie disponible pour tenir la période. Si vous n’avez pas de coussin, baissez l’indemnité demandée et privilégiez un préavis allongé.

Signer pendant un arrêt maladie ou un congé maternité. La convention sera juridiquement fragile, voire inopposable à France Travail. Attendez la reprise effective du poste avant d’engager la procédure.

Oublier l’attestation employeur. C’est le document qui déclenche tout chez France Travail. Sans elle, dossier bloqué. Vérifiez sa réception le jour de la fin de contrat. En cas de retard, relancez par écrit et signalez à France Travail.

Manquer le délai d’inscription de 12 mois. Au-delà, vous perdez le bénéfice de l’ARE liée à cette rupture. Inscrivez-vous dès la fin du contrat, peu importe la date prévue du premier versement.

Sous-estimer la fiscalité sur la fraction imposable. Si votre indemnité dépasse les seuils d’exonération, la fraction excédentaire vient s’ajouter à vos revenus de l’année, ce qui peut basculer votre foyer dans une tranche supérieure. Provisionner 15 à 30 % de cette fraction pour l’impôt évite la mauvaise surprise au printemps suivant.

Accepter une clause de non-concurrence sans contrepartie. Sa durée et son périmètre conditionnent votre capacité à retrouver un poste équivalent. Toute clause de non-concurrence active doit être assortie d’une contrepartie financière mensuelle, sinon elle est nulle. Vérifiez la rédaction avant signature.

Négliger la portabilité de la mutuelle. Vous conservez la mutuelle de votre ancien employeur gratuitement pendant 12 mois maximum, à condition d’être indemnisé par l’assurance chômage. Pendant le délai de carence, le maintien est plus ambigu : certains contrats l’acceptent, d’autres exigent l’effectivité du versement ARE. Vérifiez avec votre ancien employeur ou directement auprès de l’organisme.

Avant de poser votre signature, prenez aussi quelques heures pour cartographier votre suite professionnelle. Si vous visez un poste mieux rémunéré, maîtriser quelques techniques de négociation salariale avant de retourner sur le marché évite de signer sous la pression du compteur ARE qui tourne.

FAQ rupture conventionnelle et chômage

Combien de temps après une rupture conventionnelle touche-t-on le chômage ?

Entre 7 jours minimum (cas idéal : indemnité au plancher légal, pas de congés payés à solder) et environ 5 mois maximum (indemnité supra-légale importante générant 150 jours de différé, plus 30 jours de congés payés, plus les 7 jours incompressibles). Comptez en moyenne 2 à 3 mois pour un dossier classique avec une indemnité modérément négociée.

Le montant de l’indemnité de rupture diminue-t-il l’ARE ?

Non. L’indemnité de rupture conventionnelle, qu’elle soit légale ou supra-légale, n’entre pas dans le calcul du salaire journalier de référence. Elle n’affecte donc pas le montant journalier de l’ARE. En revanche, sa fraction supra-légale rallonge le délai de carence avant le premier versement.

Puis-je négocier en même temps mon indemnité et ma date de sortie ?

Oui, les deux paramètrès sont entièrement négociables. Allonger la date effective de fin de contrat permet de toucher son salaire pendant la procédure d’homologation, puis de basculer plus tard à l’ARE. Cette stratégie réduit mécaniquement le coût du délai de carence si vous demandez une indemnité plus modeste en contrepartie.

Quelle est la durée maximale du chômage après une rupture conventionnelle ?

18 mois pour les moins de 55 ans, 22 mois et demi pour les 55-56 ans, et 27 mois pour les 57 ans et plus. Ces durées sont des plafonds : la durée effective dépend du nombre de jours travaillés pendant la période d’affiliation, dans la limite d’un jour indemnisé pour un jour cotisé.

Que se passe-t-il si je retrouve un emploi pendant le délai de carence ?

Les droits ARE non consommés sont mis en réserve pendant 3 ans. Si vous perdez à nouveau votre emploi dans ce délai, ils se rechargent automatiquement et peuvent être réactivés. Aucune perte tant que vous restez dans la fenêtre des 3 ans.

La rupture conventionnelle est-elle imposable ?

L’indemnité bénéficie d’une exonération fiscale dans la limite du plus élevé entre : le montant légal ou conventionnel, 50 % de l’indemnité versée, ou deux fois le salaire brut annuel. Le tout plafonné à 6 PASS (282 600 € en 2025). La fraction qui dépasse ces seuils est soumise à l’impôt sur le revenu et aux cotisations sociales. L’ARE, elle, est imposable dans sa totalité.

Peut-on cumuler ARE et création d’entreprise après une rupture conventionnelle ?

Oui. Deux options : maintenir l’ARE en cumul partiel avec les revenus de la nouvelle activité, ou opter pour l’ARCE qui verse 60 % des droits restants en capital à la création de l’entreprise. Le choix dépend de la vitesse à laquelle vous prévoyez de générer du chiffre d’affaires et de votre besoin immédiat de trésorerie.

Que faire si France Travail refuse mon ouverture de droits ?

Vous disposez de deux mois à compter de la notification pour contester la décision auprès du médiateur régional de France Travail. Si le refus persiste, le recours suivant est devant le tribunal judiciaire pour les litiges relatifs aux allocations. Pour un litige sur la convention elle-même (homologation, vice du consentement), la juridiction compétente est le conseil de prud’hommes, à saisir dans les 12 mois suivant l’homologation.

Comment vérifier qu’on a bien droit à l’ARE avant de signer ?

Le simulateur officiel de France Travail (rubrique « Simuler mes allocations ») donne une estimation à partir de vos 24 derniers mois de bulletins de salaire. Vous pouvez aussi prendre rendez-vous en agence avant la signature pour valider votre situation. Cela évite les déconvenues si une particularité de parcours bloque l’ouverture des droits.

Le délai de carence est-il le même qu’on parle de carence rupture conventionnelle ou carence Pôle emploi ?

Les deux expressions désignent la même chose. France Travail (anciennement Pôle emploi) calcule un délai global avant le premier versement, composé du délai d’attente de 7 jours, du différé spécifique lié à l’indemnité supra-légale, et du différé congés payés. Ce délai global est parfois appelé « carence Pôle emploi » par habitude, mais le service est aujourd’hui France Travail depuis le 1er janvier 2024.

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